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"Ni solitaire, ni suicidaire"

 

Oui, la Commission Exécutive Confédérale de la CGT-FO a eu raison de voter à l’unanimité l’appel à la grève Public-Privé pour le 15 juin 2010 et à une manifestation le 15 juin 2010 à Paris.

Pour FORCE OUVRIERE, il n’est pas question que les travailleurs fassent les frais, à travers leurs droits sociaux, de la crise provoquée par les intervenants sur les marchés financiers, intervenants qui dictent encore aujourd’hui le comportement des gouvernements dont le gouvernement français.

Officiellement, rien n'est arrêté, mais Nicolas Sarkozy a bien avancé dans ses hypothèses sur la réforme des retraites. Sans changer la réforme Fillon, qui prévoit d'allonger la durée de cotisation-retraites d'un trimestre par an, il faut reporter l'âge légal de la retraite à 61 ans en 2015, 62 ans en 2020 et 63 ans en 2030. Une telle réforme permettrait d'équilibrer le régime des retraites et c'est, selon des sources concordantes, l'hypothèse de base sur laquelle travaille M. Sarkozy.

 

Cela doit être une bonne piste  car le projet de résolution de la CFDT pour son congrès de juin 2010 fixe les conditions d’une augmentation possible de la durée de cotisation pour les retraites.

 

On voit bien là que l’intersyndicale constituée de la CGT et la CFDT n’a aucun sens et que nous serions bien sots d’y participer puisque justement nous refusons d’allonger la durée de cotisation-retraites.

 

Il n’y a qu’à voir le mélange de la carpe et du lapin. D’un côté, vous avez François Chérèque critiquant la position de SUD sur les retraites, taxant le syndicat de "conservateur" et de l’autre bord, la CGT, méfiante vis-à-vis de la CFDT, qui avait approuvé la réforme Fillon de 2003. "La CFDT a décidé d'organiser, lors de son congrès, un débat sur la durée de cotisations, c'est son choix", commentait ainsi Bernard Thibault

 

Comme on peut le constater les divergences de vue sur le fond sont légions. Côté méthode, l'Etat revient une fois de plus sur ses engagements. Rappelez-vous, en 2003, le ministre des Affaires sociales de l’époque, un certain François Fillon, avait fait adopter une réforme qui prévoyait une clause de revoyure tous les cinq ans, afin d'ajuster les paramètres des régimes. Après un premier rendez-vous en 2008, le second devait donc intervenir en 2013.

 

Début 2010, le président nous explique qu'il y a urgence, que la crise a bouleversé la situation et qu'il faut « sauver les retraites », ce qui, dans la novlangue du pouvoir, signifie réduire une fois de plus les droits des futurs retraités

 

Il y aurait donc urgence absolue à agir pour assurer l'équilibre des régimes de retraite en 2020, voire 2050 ? Evidemment, non! En fait, le gouvernement veut profiter des déficits actuels, liés à la baisse des rentrées de cotisations sociales provoquée par la crise, pour dramatiser l'enjeu à long terme et imposer de nouvelles mesures restrictives, en plus de toutes celles adoptées depuis 1993.

 

 Ce faisant, il poursuit aussi un but plus immédiat, et plus légitime : témoigner de sa volonté d'équilibrer les comptes des régimes sociaux afin de préserver le crédit de la Finance, alors que la dette publique devrait dépasser 80 % du PIB cette année.

 

Le hic est que, pour atteindre cet objectif, le moyen choisi est de couper dans les dépenses, en s'interdisant toute hausse des prélèvements. Le parallèle s'impose ici avec la poursuite des coupes claires dans les effectifs de la fonction publique et le refus de toute remise en cause des cadeaux fiscaux faits aux plus aisés depuis 2002.

 

Résultat : la priorité va probablement être donnée à un report de l'âge légal de la retraite à 62, voire 63 ans. Contraindre les salariés à demeurer en poste, y compris ceux qui ont déjà cotisé le nombre d'annuités requises, puisque cela permet en effet de réduire rapidement le coût global des retraites. La mesure est d'ailleurs plébiscitée par le patronat, qui demande avec insistance un report rapide de l'âge de départ à 65 ans, tout en continuant de pousser dehors les salariés âgés... Elle présente juste un petit défaut : elle pénalise tout particulièrement les salariés les moins bien lotis, ceux qui ont commencé à travailler très jeunes, dont l'espérance de vie est la plus faible et qui, arrivés à 60 ans, ont souvent déjà cotisé bien plus de quarante années. Un report de l'âge de la retraite serait en outre assez sordide dans la conjoncture actuelle, puisqu'une majorité de salariés sont hors emploi à 60 ans. Reporter leur âge de départ revient à les maintenir plus longtemps dans la précarité, afin d'empocher la différence qui sépare le montant de leurs futures pensions et les maigres revenus de remplacement auxquels ils accèdent aujourd'hui, au titre du chômage ou de l'invalidité. Quant à ceux qui sont encore en emploi, leur maintien en poste deux ou trois années de plus va pénaliser les jeunes, déjà très nombreux à fréquenter Pôle emploi.

 

Il ne suffit certes pas de faire payer les riches pour équilibrer les retraites à long terme, mais il est totalement inacceptable qu'on demande aux seuls pauvres de supporter l’ajustement que la crise a rendu nécessaire.

 

La FGFO réclame toujours que le dossier pénibilité soit pris en compte.

 

Assumant ses prises de position et soulignant que l’avant projet de loi devrait être connu vers la mi-juin, la CE de FORCE OUVRIERE décide d’appeler le 15 juin à une journée de grève interprofessionnelle avec manifestation à PARIS.

 

Elle demande à toutes ses structures de tout mettre en œuvre pour la réussite de cette initiative et lance un appel en ce sens à l’ensemble des salariés et à leurs organisations.

 

Pour FORCE OUVRIERE, il s’agit par un renforcement de la mobilisation, de montrer la détermination des salariés.

 

Franck SERRA

 

Secrétaire Général